Tous les tenants et aboutissants de cette opération ne sont pas encore cernés (voir notre article p.18). Et il est encore plus difficile de savoir quelle sera la suite des évènements. Deux scénarios sont à envisager. Le premier, qui n'est pas à exclure, se rapproche de la parabole de la montagne qui accouche d'une souris. Le groupe a déjà fait l'objet de nombreuses enquêtes, qui n'ont jamais véritablement abouti. Surfant sur les vides juridiques de la réglementation européenne, le groupe Willy Betz a su marier depuis plusieurs années l'apparence d'un honnête et dynamique transporteur, avec la réalité d'un groupe n'hésitant pas à user de pratiques douteuses, mais pas forcément condamnables. Les accusations portées par la police allemande sur des fraudes aux autorisations CEMT et des pots-de-vin manquent encore de consistance et pourraient parfaitement déboucher sur un non-lieu. Auquel cas, l'histoire continuerait telle quelle. Mais il existe un deuxième scénario qui ouvrirait une nouvelle ère dans le transport international. Car à supposer que les enquêtes aboutissent (et il faudra quand même attendre plusieurs mois avant d'en avoir la certitude), il est alors indéniable que le groupe en sortira terriblement fragilisé. Ce coup de théâtre constituerait une formidable opportunité pour les opérateurs longues distances en lot. Le fret libéré apporterait un peu d'air à des transporteurs désespérés de gagner des parts de marché sur ce créneau. Mais attention : Willy Betz commençe à acquérir une stature au plan international, qui lui permet de jouer un rôle de régulateur. Sans lui, le mieux est à espérer, mais le pire n'est pas à écarter, avec l'émergence de concurrents encore moins scrupuleux. On sait alors qui l'on perdrait, mais pas qui l'on gagnerait.
Editorial