Parmi les défis que doivent relever les entreprises, celui de fidéliser et d'impliquer les nouveaux arrivants dans le métier n'est pas le moindre. Des dirigeants d'entreprise de transport, confrontés au «turn over», évoquent l'effet «zapping», soulignant cette difficulté à mobiliser son personnel sur une longue durée et, de ce fait, à stabiliser les effectifs. Ce que beaucoup de sociétés, de toute taille, vivent avec plus ou moins d'acuité, une étude («La nouvelle donne du temps de travail des salariés français»), commandée par Chronopost International et parue le 19 décembre, l'a vérifié et quantifié. Parmi une foule de données, quatre méritent d'être ressorties : moins de 25% des jeunes de moins de 35 ans se disent prêts « à s'impliquer essentiellement dans la vie professionnelle »; les salariés qui se déclarent comme très impliqués représentent à peine plus du quart; 5 % se voient comme des « stakhanovistes s'impliquant essentiellement dans leur vie professionnel » ; sept salariés sur dix veulent préserver leur vie personnelle et « avoir un rapport au travail qui connaît une barrière : la vie privée ». L'effet «35 heures» n'est pas pour rien dans cette distance marquée vis-à-vis de l'entreprise mais il n'explique pas tout. Le phénomène est plus profond. Pour les entreprises de transport routier, cette réalité mérite réflexion. Par nature, l'activité du transport doit répondre à des impondérables. Même si les organisations et les process sont de plus en plus organisés (avec des rythmes de travail réguliers), le grain de sable fait partie du métier et la capacité à gérer l'imprévu aussi. « C'est là que ça devient complexe. Dans notre métier, la disponibilité peut faire la différence. Or nous voyons arriver une nouvelle population de conducteurs routiers qui rechignent à changer subitement de rythme de travail, assure ce chef d'entreprise du Pas-de-Calais. Nous devons faire avec, nous adapter. Mais on a du mal à faire passer le message ». C'est bien pour cette raison que le sujet relève du défi.
Editorial