Jacques Godet, lui-même pourfendeur de la suprématie des postes et chemins de fer européens dans son métier, n'a pu résister. Pouvait-il en être autrement ? Lorsqu'il s'est retrouvé à la tête du groupe Joyau en mai 1995, par la volonté d'Henri Joyau lui-même, la mission de Jacques Godet était simple : doubler le chiffre d'affaires en cinq ans, étoffer le réseau et consolider les résultats. Les partenaires financiers de l'époque (Alpha associés, CFI, IPO) n'avaient pas vocation à rester dans le capital trop longtemps. Ils passeront d'ailleurs la main à SG Capital Europe. Sept ans après, Jacques Godet a rempli sa mission. Joyau a pris une envergure nationale, son chiffre d'affaires a doublé et tous les ans, les bénéfices ont été au rendez-vous. La conclusion était donc inévitable : la mariée étant belle, il fallait lui trouver un nouveau compagnon. Jacques Godet a beau jeu d'expliquer le choix de Schenker pour des raisons d'ouverture européenne et d'internationalisation. Certes. Mais le discours est convenu. Force est de reconnaître qu'en tout état de cause, le contrôle de Joyau par un opérateur étranger s'imposait naturellement. Quel est aujourd'hui l'intérêt pour un opérateur français ayant une couverture nationale de reprendre un opérateur français ayant la même couverture ? Aucun. Acheter son clone présente mille fois plus d'inconvénients que d'avantages. De surcroît, au-delà du débat philosophique sur la frontière entre opérateurs privés et semi-publics, la solution Schenker est certainement la plus rassurante pour les salariés de Joyau. Elle pérennise la stratégie menée depuis plusieurs années. Et les exemples Deutsche Post et Dachser montrent que les cultures locales sont assez bien respectées. Joyau a donc les moyens de rester l'un des joyaux de la messagerie française.
Editorial