Bloqué à titre personnel pendant plus de six heures sur l'autoroute A 12, il m'a été facile de constater à quel point le modèle administratif français a totalement perdu pied ce jour-là. Incapacité à prévoir l'événement. Incapacité à saler les routes. Incapacité à dégager deux poids lourds bloqués en haut d'une côte. Incapacité à informer les usagers de la route. Bref incapacité totale à faire face à l'événement. Les spécialistes de Météo France, de l'Equipement et des sociétés d'autoroutes nous ont expliqué a posteriori que les chutes de neige avaient été relativement exceptionnelles (en janvier, il faut reconnaître effectivement qu'il neige rarement !). Les plans d'alerte et de secours ont été déclenchés avec plusieurs heures de retard, laissant s'accumuler les véhicules en tout genre dans un véritable piège. Les moyens de secours ont été mobilisés de manière chaotique et désordonnée (la dessaleuse de l'A 12 s'était retrouvée... dans le fossé). Il paraît même que certains hauts responsables de l'administration étaient injoignables, laissant à des subalternes le soin de prendre des décisions aussi anodines que celle qui consiste à fermer une autoroute. Quant au niveau d'information, dans une société dotée de tous les moyens de communication modernes (il paraît), il s'est surtout manifesté par son absence. Nombre de chauffeurs de poids lourds, qui auraient pu être interceptés en amont, en ont fait les frais. Bien sûr, il sera toujours facile de dire que certains certains d'entre eux n'ont pas eu le comportement de sagesse qu'il aurait fallu adopter dans une telle situation (s'arrêter et attendre un peu). L'Etat en profitera pour vanter l'abnégation des fonctionnaires qui se sont démenés sur le terrain pour faire face à la crise. Notre propos n'est pas de les blâmer. Au contraire. Mais bien de savoir ce qu'ont fait ceux qui les encadrent ...
Editorial